Qualité de l’air intérieur : CO₂, ventilation, filtres

La qualité de l’air intérieur d’un logement repose sur deux leviers : limiter les sources de pollution et renouveler l’air. Le CO₂ sert d’indicateur du renouvellement, les filtres et purificateurs complètent sans remplacer la ventilation, et le monoxyde de carbone (CO) est un cas à part : un gaz toxique, invisible et inodore, qui se gère par l’entretien des appareils, la ventilation et, en complément, un détecteur.
Ce qu’il faut retenir
- Le CO₂ est un bon traceur des polluants émis par les occupants (Homegrade). Aucun des repères consultés ne fixe de seuil légal pour un logement privé : les 900 et 1 200 ppm viennent du Code du bien-être au travail et de la loi sur la qualité de l’air intérieur, qui visent les lieux de travail et les lieux publics.
- La ventilation continue (grilles, extracteurs, VMC) et l’aération courte et régulière restent le premier réflexe. Test-Achats le dit aussi pour les purificateurs : l’achat n’est pas la première chose à faire.
- Un filtre HEPA retient des particules, pas les gaz ni les odeurs.
- Le CO se combat à la source : appareils à combustion entretenus, évacuation des fumées libre, ventilation. Un détecteur est un complément, pas une garantie.
Qu’est-ce qui pollue l’air d’une maison ?
Homegrade rappelle que les polluants intérieurs sont multiples : moisissures, bio-effluents (pollution émise par les corps), émanations des matériaux et des peintures, dont les composés organiques volatils (COV) comme le formaldéhyde. Ils peuvent provoquer des problèmes de concentration, de la fatigue, des maux de tête, des allergies, de l’asthme.
Test-Achats classe la pollution domestique en trois familles : les particules fines (sous-produits de la combustion : feu de bois, bougies, cuisson au gaz), les gaz (CO₂ de la respiration, dioxyde d’azote de la combustion, monoxyde de carbone) et les COV (matériaux, produits ménagers, peintures). L’OMS a publié en 2010 des lignes directrices sur neuf polluants présents dans l’air intérieur : benzène, monoxyde de carbone, formaldéhyde, naphtalène, dioxyde d’azote, hydrocarbures aromatiques polycycliques, radon, trichloroéthylène et tétrachloroéthylène.
L’humidité excessive est un cas particulier : elle nourrit les moisissures. Si c’est votre problème, lisez notre texte sur les moisissures.
Le CO₂ : que mesure-t-il et quelles valeurs retenir ?
Le CO₂ n’est pas le polluant le plus dangereux, mais il monte quand les occupants respirent dans une pièce peu renouvelée. Homegrade note que sa mesure est un bon traceur des bio-effluents.
| Repère | Valeur | Champ d’application |
|---|---|---|
| Code du bien-être au travail | Concentration généralement inférieure à 900 ppm, ou 40 m³/h d’air par personne présente | Locaux de travail (via Test-Achats, 23-01-2024) |
| Loi sur la qualité de l’air intérieur : niveaux de référence indicatifs, non obligatoires | Moins de 900 ppm : bien ventilé ; de 900 à 1 200 ppm : moins bien ventilé, apport d’air frais nécessaire ; à partir de 1 200 ppm : qualité insuffisante, ventilation efficace et purification à entreprendre | Lieux clos accessibles au public, pas la sphère familiale (via Test-Achats) |
| EN 13779 (2007), via le Guide Bâtiment Durable | Classes en ppm au-dessus du niveau extérieur, de moins de 400 à plus de 1 000 | Locaux non résidentiels |
Aucune source consultée ne fixe de repère de CO₂ pour un logement. Ces valeurs concernent les lieux de travail et les lieux publics ; ce n’est pas une recommandation officielle. Un capteur indique seulement quand aérer.
Comment ventiler pour améliorer la qualité de l’air ?
La norme belge NBN D 50-001 distingue la ventilation hygiénique (renouvellement continu, fenêtres fermées) de la ventilation intensive (ouverture temporaire de fenêtres). Homegrade les juge complémentaires : la ventilation manuelle par les fenêtres élimine vite les polluants, mais elle est intermittente, alors que l’émission de polluants est permanente, et elle dépend de la bonne volonté des occupants.
- Aérer. Deux aérations complètes par jour et les ouvertures courtes en hiver sont détaillées dans notre texte sur les moisissures.
- Utiliser la hotte à la cuisson. Elle évacue graisse, fumée, odeurs et humidité (Test-Achats). Homegrade précise qu’une hotte à extraction n’est pas un système de ventilation hygiénique, car elle fonctionne par intermittence.
- Entretenir le système. Les fréquences indicatives du CSTC reprises par Homegrade : filtres inspectés chaque mois, nettoyés tous les 3 mois et remplacés chaque année ; bouches et grilles inspectées tous les 3 mois et nettoyées chaque année.
- Choisir le système adapté. Pour la salle de bain, extracteur ou VMC ? Pour tout le logement, la VMC simple flux et la VMC double flux permettent de maîtriser les débits. Homegrade indique que les systèmes avec amenée d’air mécanique permettent de filtrer l’air entrant, utile si l’environnement extérieur est pollué.
Réduire les sources avant de filtrer
Test-Achats propose quelques gestes : aérer pendant et après un nettoyage ou une décoration, car les produits ménagers, peintures et aérosols émettent des COV ; limiter les sprays et les cirages faciles à inhaler ; passer l’aspirateur régulièrement, de préférence avec un filtre HEPA ; surveiller l’humidité et la moisissure. Pour les plantes « dépolluantes », l’ADEME (agence française) considère que cet argument n’est pas validé scientifiquement aux niveaux de pollution rencontrés dans les habitations, et que la priorité reste la limitation des sources et l’aération (position de 2013).
Filtres et purificateurs d’air : ce qu’ils apportent et ce qu’ils ne font pas
Test-Achats a testé dix purificateurs d’air : tous retirent au moins quelques particules, mais l’écart entre le plus et le moins efficace est « frappant ». Utiles, donc, mais avec des limites que les sources détaillent :
- Ce qu’ils font. Réduire poussière, pollen et particules de fumée dans la pièce. Un filtre à charbon actif traite les odeurs et les gaz désagréables, y compris les COV de produits ménagers courants.
- Ce qu’ils ne font pas. Un filtre HEPA ne s’attaque pas aux odeurs ni aux gaz (Test-Achats). Aucune des sources consultées n’attribue aux filtres un effet sur le CO₂ ou le CO : le CO₂ baisse quand l’air est renouvelé. Le rayon d’action est limité à la pièce.
- Attention à l’ozone. Test-Achats prévient que les fonctions d’ionisation et les lampes UV peuvent dégager de l’ozone, nocif pour les voies respiratoires, et cite un avis du Conseil Supérieur de la Santé de février 2021 jugeant dangereux les UVC en rayonnement direct, les appareils générateurs d’ozone, les ioniseurs sans capture des précipités et le plasma froid.
- Quand en envisager un. Test-Achats cite l’air extérieur pollué (axe routier), les allergies (pollen) et un logement dont la ventilation est insuffisante.
Monoxyde de carbone : sources, détecteurs, réflexes
Le CO se forme quand un combustible carboné brûle avec trop peu d’oxygène. D’après Test-Achats, il est la première cause de décès par intoxication en Belgique : une trentaine de décès et un millier d’hospitalisations par an. Dans la maison, une part importante des accidents survient dans le salon (27 %) et dans la salle de bain (16 %). Les sources principales sont les chaudières, poêles, chauffe-eau, gazinières et cheminées mal entretenus ou mal ventilés, ainsi que les générateurs portables et les moteurs en marche dans un garage.
Prévention
Les gestes cités par Test-Achats : faire entretenir régulièrement chaudière, poêle et cheminée (y compris le nettoyage des conduits de fumée), garder les conduits d’évacuation dégagés, ne pas obstruer les briques d’aération ni les bouches d’aération des fenêtres (Test-Achats : ces éléments « sont là pour une bonne raison »), et ventiler les pièces qui abritent un appareil de combustion. Pour un chauffe-eau dans la salle de bain, il recommande une grille d’aération non obturable d’au moins 150 cm² sur la porte. Homegrade ajoute qu’un système de ventilation mal conçu peut provoquer un refoulement des gaz brûlés avec un appareil à combustion non étanche : faites dimensionner l’ensemble par un installateur agréé. À Bruxelles, d’après l’aperçu du CSTC des codes du logement, les chauffe-eau au gaz sans évacuation des gaz brûlés vers l’extérieur sont interdits dans tous les cas. Pour une salle de bain, voyez aussi extracteur ou VMC.
Détecteurs
Test-Achats conseille de placer un détecteur dans les pièces occupées régulièrement et dans celles où fonctionne un appareil à combustion non étanche, par exemple une salle de bain avec chauffe-eau atmosphérique ou une cuisine avec chaudière à gaz. Les détecteurs se fixent en hauteur (au plafond ou à proximité), à une distance horizontale de 1 à 3 mètres de la source de CO, hors des zones de courant d’air (porte, fenêtre, ventilateur d’extraction), et pas directement au-dessus d’un évier ni à proximité immédiate d’un appareil de cuisson. Test-Achats déconseille la pose à 1,50 m de hauteur que certains fabricants préconisent : lors de ses essais en pièce de 17 m³, après 15 minutes, avec un chauffage au gaz, la concentration atteignait 1 330 ppm à 2,20 m de hauteur contre 140 ppm à 1,20 m.
Les limites sont à connaître : la durée de vie d’un détecteur est de 5 ans maximum, les modèles de bricolage ne sont pas tous fiables (essais anciens, dernière analyse de Test-Achats en 2008), l’humidité ou les polluants peuvent réduire leurs performances, et un détecteur donne un faux sentiment de sécurité s’il est mal installé. La norme impose aux fabricants d’indiquer que l’appareil ne protège pas pleinement les personnes souffrant de problèmes de santé spécifiques. Nous n’affirmons ici aucune obligation légale de détecteur de CO : renseignez-vous auprès de votre Région.
Si l’alarme sonne ou si vous avez un doute
D’après Test-Achats : aérez immédiatement, quittez les lieux ou faites sortir la personne concernée, appelez les secours (112 ou 100), n’utilisez plus les appareils de combustion avant inspection par un professionnel, et consultez un médecin même si les symptômes sont légers.
Que disent les valeurs guides de l’OMS ?
Les valeurs de l’OMS (2010) sont des repères de santé publique pour les autorités et les concepteurs de bâtiments. Elles ne conviennent pas pour décider seul d’une alerte à domicile : la mesure demande un matériel adapté et un professionnel.
| Polluant | Valeur guide |
|---|---|
| Monoxyde de carbone | 100 mg/m³ sur 15 min ; 35 mg/m³ sur 1 h ; 10 mg/m³ sur 8 h ; 7 mg/m³ sur 24 h |
| Formaldéhyde | 0,1 mg/m³ en moyenne sur 30 min |
| Dioxyde d’azote | 200 µg/m³ sur 1 h ; 40 µg/m³ en moyenne annuelle |
| Benzène | Aucun niveau d’exposition sans risque ne peut être recommandé |
| Radon | Niveau de référence de 100 Bq/m³, sans dépasser 300 Bq/m³ si 100 n’est pas atteignable |
Ces valeurs datent de 2010. L’OMS a depuis révisé ses lignes directrices sur la qualité de l’air (2021) : vérifiez les valeurs en vigueur sur le site de l’OMS avant de les comparer à une mesure.
L’OMS estime qu’au moins 400 décès par an sont dus à l’intoxication au CO dans la Région européenne, et que jusqu’à 14 % des cancers du poumon sont attribuables au radon dans les logements. Pour le radon, la mesure et les mesures de réduction sont l’affaire de services spécialisés : nous n’avons pas vérifié ici le dispositif belge, informez-vous auprès des autorités de votre Région.
Retrouvez les autres textes dans la rubrique ventilation.
FAQ
Quel taux de CO₂ viser dans une chambre ?
Les sources consultées ne fixent aucun seuil légal pour un logement privé. Les repères de 900 ppm (bien ventilé) et 1 200 ppm (qualité insuffisante) viennent de textes qui visent les lieux de travail et les lieux publics ; ce n’est pas une recommandation officielle pour une chambre. Un capteur indique seulement quand aérer.
Un purificateur d’air remplace-t-il la ventilation ?
Non. Test-Achats rappelle que l’achat d’un purificateur n’est certainement pas la première chose à faire : mieux vaut éliminer les sources de pollution et aérer. Il réduit certaines particules dans une pièce, pas le CO₂.
Les plantes assainissent-elles l’air ?
L’ADEME estime que l’argument des plantes dépolluantes n’est pas validé scientifiquement aux niveaux de pollution des habitations. Gardez-les pour leur agrément.
Où poser un détecteur de CO ?
En hauteur (au plafond ou à proximité), à une distance horizontale de 1 à 3 mètres de la source de CO, à l’écart des courants d’air, dans les pièces occupées ou abritant un appareil à combustion non étanche (Test-Achats).
Que faire si le détecteur sonne ?
Aérer, sortir, appeler le 112 ou le 100 en cas de symptômes, couper les appareils de combustion et faire inspecter l’installation avant de la réutiliser.
Sources
- Homegrade : Ventilation d’une habitation en rénovation (2020)
- Bruxelles Environnement : Pourquoi aérer ou ventiler pour le bâtiment
- Guide Bâtiment Durable : définir les débits minimaux
- Test-Achats : normes et réglementation sur la qualité de l’air intérieur (23-01-2024)
- Test-Achats : détecter et prévenir la présence de CO (25-10-2024)
- Test-Achats : où et comment placer un détecteur de CO (28-10-2024)
- Test-Achats : quel purificateur d’air acheter ?
- Test-Achats : les meilleurs purificateurs d’air (04-06-2024)
- CSTC : aperçu des exigences des codes du logement régionaux
- OMS : WHO guidelines for indoor air quality, selected pollutants (2010)
- OMS Europe : communiqué du 15-12-2010
- ADEME (France) : Plantes et épuration de l’air intérieur (2013)